samedi 12 août 2017

le conte de l'oiseau simple











Tant de doubles se joignent dans cette murmuration en attente,
lorsque l'arbre adulte s'embrase sous la peau,
d'un coup, de toutes ses feuilles closes; closes.

Je sais bien qu'il existe un oiseau
quelque part, clopinant devant son ombre sur son chemin d'air.
Je sais bien qu'il emporte au Palais d'Or un morceau de charbon, un rameau de bruyère; incandescent.
Je sais qu'il chante avec une voix humaine, une voix de femme; forte.
Je sais qu'il conte, sans fin pour ne pas oublier,
jusqu'aux grilles du Palais; l'air clair, les chemins gris, la source vive !
Il conte le conte des humains, bien-sûr !
qui vivent entre landes et vallées, contre pierre et contre vent; souffle !
Un jour, ils croisent l'ankou, sous un bois ou au carrefour,
eh bien l'ankou, c'est l'ankou, bien peu à rire: où veut l'ankou, c'est là qu'ils se croisent.

A cet endroit de son chant,
je le crois, qu'il a peur, l'oiseau !

Je me tais, car deux ne peuvent chanter un, sans que l'un d'eux n'oublie.
S'il chante, chante encore à forte voix, je crois qu'au Palais d'Or il livrera son chant.
Il le faut !
Chuuut !





mardi 20 juin 2017

Tentative de jalousie - Marina Tvétaéva.


Tentative de jalousie

Comment ça va la vie avec une autre,
plus simple, n'est-ce pas ? _ Rames, claquez ! _
S'est-il vite, le profil de la côte,
Le souvenir, s'est-il vite masqué.

De moi, de moi, île désamarrée ?
(Voguant de par le ciel, non sur les flots !)
Ames ! Jamais amantes ne serez !
Soeurs vous serez ! Soeurs : vous ! C'est votre lot !

Comment ça va la vie près d'une femme
Simple ? C'est comment sans divinités ?
Votre souveraine, prince profane,
Détrônates (ledit trône quitté),

Comment ça va la vie, les froissis d'ailes,
Les tracas ? Le lever, comment se passe ?
Pauvre créditaire de l'immortelle
Médiocrité, comment faites-vous face ?

"Tressauts et syncopes, stop ! Je suis quitte !
Un toit me louerai ! Suffit, le déluge !"
Comment ça va avec n'importe qui,
Dites, comment, quand on est mon élu ?

Pour sûr plus comestible, domestique,
La table ? Qu'on s'en lasse, faute à qui ?
Comment ça va la vie près d'un pastiche
Pour vous qui trahîtes le Sinaï ?

Comment ça va "vivre", comment va-t-elle
La force d'être ? Et de chanter, la force ?
Pauvret, la blessure de l'immortelle
Conscience, comment y faites-vous face ?

Comment ça va la vie près d'un produit
De pacotille ? Un peu abrupt, le prix ?
Les marbres de Carrare reconduits,
Comment ça va la vie près d'un débris

De plâtre. (Taillé dans la masse même,
_ Dieu, sa tête : presque aussitôt détruite !)
Comment ça va avec la cent-millième,
Dites, pour vous qui connûtes Lilith !

L'or de pacotille vous intéresse
Encore ? Las des grâces magiciennes,
Comment ça va auprès d'une terrestre,
C'est comment une femme sans sixième

Sens ? Bon, la tête entre deux mains : heureux ?
Non ? Des fonds sans profondeur étant l'hôte,
Comment ça va, l'ami ? Plus douloureux,
Moins douloureux que pour moi près d'un autre ?"

19 novembre 1924
Marina Tsvetaeva - "Tentative de jalousie" extrait de "Le ciel brûle, suivi de Tentative de jalousie" - Edition Poèsie Gallimard - Traduction de Pierre Léon et d'Eve Mallaret.

vendredi 26 mai 2017

Oh je le dis en franchise






Oh je le dis en franchise
Si je pouvais dépouiller de mon art
Toute forme et de moi les éphémériques figures
Pour exposer face à ta confiance meurtrie

Le visage sans fard de mon être
Je le ferais sans hésiter au temps
Battu pour t'assurer / mais de quoi / d'être
Mais qui o Solitude au même instant à la fois parlerait

Se tairait et se tiendrait contre toi à distance de tiers
Quand sur lui tu te cries ( manquant l'affublation du nu )
Qui pourrait d'un côté arracher les trop-miroitements du verbe
De l'autre panser l'être aux plaies-vives

Par la thériaque des bonnes figures ensongées
Puisque seules les formes se lient, dansent et sens à la pierre.



.
.


( janvier 2017 - extrait de "sonnets prolétaires" )

mardi 23 mai 2017

extrait de "sonnets prolétariens", en atelier..

Quel fils de femme aime souffrir ni moi qui fils de femme suis aussi
Nul si ce n'est qu'en la caresse qu'il s'accorde au visage de cette souffrance qui depuis longtemps
Lui sourit et qu'il contient entre ses mains en coupe sans plaisir mais sans crainte
Et qu'il boit aux lèvres comme un poison non aimé, non ! mais bien voulu
Comme un médicament dont l'amertume aux bienfaits affadis ne soigne plus mais assez passablement encore
Camouffle d'autres face plus hâves grimaces rictus défigures tout-près tapies aux frontières de tes yeux
Ou bien comme presse l'eau dessous la terre vers la lumière elle
En prend la substance sans en prendre le poids
Ou comme l'éclair chemine dedans les bouches des nuages avant d'offrir en semence alanguie leur épaisse puissance
Moi aussi amant véridique non pas patiente mais bien ai désiré traverser avec toi corps à corps toute peine tout chagrin
Jusqu' émerger avec toi joue à joue au vaste au large au partage qui vient
Où esperer flue et reflue maintenant
Donc tu vois c'est bien la joie que de mes mots en acte d'un seul bond d'amour vrai
Je t'ai dis voir et vois encore veiller pousser naître aller et voguer ou pâtir.
***
Clair caillebotis
entre deux seuils
que je n'ai pas
écrit. un Fou assis
sur le côté
au commencement.
après à gauche
ocres et verts
tremblements: l'étang.
et un serpent
et un entrelacés -
le caducée. un,
deux, un rêve l'autre
et un l'ignore.

***

Baiser à soi-même
de l'ange, qui rampe
et ne se saisit pas.
mais le Fou de l'orée
toujours me surprit à penser
et la honte me prit.
d'un bien, d'un mal entrelacés
un rêve l'autre et un l'ignore.
Que donc ce dire en croisse
avec son ombre:
du bon par toi
à moi venu
le bon est sans mesure
le reste est pour l'histoire.

mardi 2 août 2016

Tes seins deux unis, tige bouton et fleur








Tes seins deux unis, tige bouton et fleur, une,
Et tige bouton et fleur, une.
Aussi de l'autre qui l'enlace,
Flanc à flanc posés, ceints,
Ensemble sortants, unis montants.
Le temps bouleversant mon amour fonde
Dieu de tes absences.
Plus haut, plus pâle, ton oeuil
Rue, refuse devant le lien
Embroussaillé de branches
Qui lie et ne lie pas
Le bouquet étranger des fleurs vieilles.
Plus haut ton cri ajoute
Une cloche dans le sel,
Tige bouton et fleur, une,
Tige bouton et fleur, une.
Alors l'amour désescalade ses rites,
Les vers anciens creusent des tunnels
Humides, double-six valeureux
Dans les cieux verts, torrents et ruisseaux d'air
Aux muqueuses brèves des amants.
D'un seul élan comme la fronce d'un champs
D'une campagne lorraine,
Sans cesse naît l'amour que tu aimas
Où s'effondrent brumes et vigueurs,
Sans cesse aussi se crie, se murmure
Mon nom et s'éclaire ma larme,
Tige bouton et fleur, une,
En-dedans où bien loin tu attends.




jeudi 23 juin 2016

Le Noisetier






des longs poèmes -
des longs poèmes - nappes, rides -
ou les autres - par-delà la faille - avec
la faille - prolongent -

les chronologies autres qu' évènementielles
la dent ! émail et dentine ! routes antiques des pierres précieuses !
sel et soie ! ciel d'ambre ses habitants,
et la trace des morsures mord - comme à la main le froid après

les funérailles des neiges -
après, le brouillage est devenu signe de distinction:
" ceci est de la poésie, toi et moi faisons partie de ces gens

qui savent la reconnaitre". Fibules de brumes serties, ornées.
( après-tout,  c'est l'histoire de toute révélation, toute parole -
et l'ajout secret, par la fille de la voix:

...

"console-toi, ne détruis pas mes mondes par ta stupide colère" )
Bien, mais notre besoin d'histoires est insatiable.
Fondements de la Conscience ? sans doute !
l'autre, le temps, etc —

"je n'écris pas pour eux, c'est certain !
une maison inutilisée propriété de l'Etat
quelqu'un a dit: murons-la ! quelqu'un a dit cela:
murons-là, pour toutes sortes de justes motifs.

un autre a signé.
les hommes glacés ne peuvent plus y entrer:
ils passent devant, stupides. alors: faire de l'art ?

dans quelle langue la sueur au front des oliviers ?
dans quelle langue est parlée "murons-la" ?
dans la langue des hommes

...

pour que l'ange s'y devine
o homme porteur d'un messager qu'il ne sait pas !
il invente le message du messager sans le vouloir
par la branche d'aubépine

par la ronce, l'ortie, le bouquet froid d'un noisetier couvert
le long de son temps n'appartient à personne
— découpe dans l'air d'hivers de l'arbre et le reste —
il invente le message du messager sans savoir

des deux aucun des nombres
cette branche aussi sans nom ( nom retenu par l'ignorance )
dont d'autres peut-être feront des clisses pour paniers

ou des breuvages pour salut ou démons
elle est: nouée comme une lettre contre le front trop pâle
l'air de glace qui volete dessus le champs

...

comme elle - par doux amour des choses -
je me tiens condamné à forger os et franges
créer le messager qui me ploiera contre lui quelque part
quelque part sera: la tombe sous la flamme

( d'une bougie au rivage du lit un soir perdu )
car nous sommes pauvres, forcément, sur cette terre
des autres, seuls et pauvres et pourchassés
dans l'abscence qui n'est pas )"

C'est ainsi qu'il disait quelques fois se savoir solidaire
de ceux qui ne parlent pas
des longs poèmes - nappes, rides -  avec

la faille - prolongent -
Guillaume de Machaut: "le Voir Dit"
le Jeu de la Feuillée d'Adam de la Halle, le picard




Le Noisetier






des longs poèmes -
des longs poèmes - nappes, rides -
ou les autres - par-delà la faille - avec
la faille - prolongent -

les chronologies autres qu' évènementielles
la dent ! émail et dentine ! routes antiques des pierres précieuses !
sel et soie ! ciel d'ambre ses habitants,
et la trace des morsures mord - comme à la main le froid après

les funérailles des neiges -
après, le brouillage est devenu signe de distinction:
" ceci est de la poésie, toi et moi faisons partie de ces gens

qui savent la reconnaitre". Fibules de brumes serties, ornées.
( après-tout,  c'est l'histoire de toute révélation, toute parole -
et l'ajout secret, par la fille de la voix:

...

"console-toi, ne détruis pas mes mondes par ta stupide colère" )
Bien, mais notre besoin d'histoires est insatiable.
Fondements de la Conscience ? sans doute !
l'autre, le temps, etc —

"je n'écris pas pour eux, c'est certain !
une maison inutilisée propriété de l'Etat
quelqu'un a dit: murons-la ! quelqu'un a dit cela:
murons-là, pour toutes sortes de justes motifs.

un autre a signé.
les hommes glacés ne peuvent plus y entrer:
ils passent devant, stupides. alors: faire de l'art ?

dans quelle langue la sueur au front des oliviers ?
dans quelle langue est parlée "murons-la" ?
dans la langue des hommes

...

pour que l'ange s'y devine
o homme porteur d'un messager qu'il ne sait pas !
il invente le message du messager sans le vouloir
par la branche d'aubépine

par la ronce, l'ortie, le bouquet froid d'un noisetier couvert
le long de son temps n'appartient à personne
— découpe dans l'air d'hivers de l'arbre et le reste —
il invente le message du messager sans savoir

des deux aucun des nombres
cette branche aussi sans nom ( nom retenu par l'ignorance )
dont d'autres peut-être feront des clisses pour paniers

ou des breuvages pour salut ou démons
elle est: nouée comme une lettre contre le front trop pâle
l'air de glace qui volete dessus le champs

...

comme elle - par doux amour des choses -
je me tiens condamné à forger os et franges
créer le messager qui me ploiera contre lui quelque part
quelque part sera: la tombe sous la flamme

( d'une bougie au rivage du lit un soir perdu )
car nous sommes pauvres, forcément, sur cette terre
des autres, seuls et pauvres et pourchassés
dans l'abscence qui n'est pas )"

C'est ainsi qu'il disait quelques fois se savoir solidaire
de ceux qui ne parlent pas
des longs poèmes - nappes, rides -  avec

la faille - prolongent -
Guillaume de Machaut: "le Voir Dit"
le Jeu de la Feuillée d'Adam de la Halle, le picard